Décélérer au travail

Deceleration_slow

Il y a un an, j’ai décidé en mon âme et conscience de complètement revoir mon rapport avec le travail.

Et sans le moindre remord, j’ai choisi de fortement décélérer pour tout simplement ne pas être avalé et broyé par le rouleau compresseur du capitalisme sauvage.

Mon parcours

Cela fait maintenant 14 ans que j’ai quitté les études pour rentrer dans le monde « merveilleux » du travail.

Le métier que j’ai choisi à l’époque a été totalement bouleversé ces dernières années.

J’ai perdu passé toutes ces années dans plusieurs grandes entreprises (des bureaux d’études) de la région parisienne. Principalement dans le domaine des énergies.

Mon désenchantement

J’ai vu la rapide évolution de mon emploi, muter en quelque chose de malsain.

Sur chaque projet réalisé, les délais ont été littéralement divisés pas deux. Tout comme le personnel qui a été fortement dégraissé. Il faut désormais travailler plus vite et en mode dégradé. Toute convivialité est proscrite par les managers les plus zélés.

Il faut devenir toujours plus compétitif
Ce qui est impossible, car l’on ne pourra jamais concurrencer les employés de pays émergeants nettement moins payés. Sauf en acceptant le même salaire.

La loi du plus fort est du côté de la direction, du patronat. Toute contestation est réprimée d’une façon ou d’une autre, envers celui qui osera remettre en question la Doxa établie.

La concurrence fait rage entre les individus. Chacun cherche à garder sa place et ses avantages par tous les moyens et coups-bàs possibles…

L’entreprise ne récompense plus les bons élèves, mais ceux qui savent promouvoir leur travail. Le faire-savoir est devenu plus important que le savoir-faire.

Accusés, levez-vous ?

  • La mondialisation et l’exportation planétaire du système capitaliste ?
    Oui. Mais pas que.

Capitalisme sauvage

  • La capacité des individus à tout accepter, sans la moindre réaction ?
    Ah ça oui.

«Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter.»

(Primo Levi – Si c’est un homme)

  • L’obéissance aveugle, la servitude volontaire, le conformisme
    Exactement

«La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans mur dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude…»

(Aldous Huxley)

  • L’héritage moisi que nous ont légué la génération « dorée » de nos parents ? Bien, un peu quand même. On ne vous dit pas merci.

Mon réveil

Au début de mon parcours professionnel, j’ai fait pas mal de prestation. Puis je me suis posé dans mon entreprise actuelle, depuis maintenant plusieurs années.

La naïveté de ma jeunesse de l’époque m’a poussé à vouloir changer certaines certitudes bien ancrées. Améliorer pour le bien de tout à chacun, des méthodes de travail inefficaces et contre productives. Créer du lien avec les collègues du service avec qui l’on passe plus de temps chaque jour qu’avec notre propre famille. Lutter personnellement contre l’austérité orchestrée année après année par les directions successives…

Il m’a fallu du temps à comprendre et accepter que toutes les actions que j’avais pu mener n’avait strictement rien changé !

Seul ou peu nombreux, toute action est perdue d’avance. Tant qu’au minimum: plus de la moitié des effectifs, ne se mobilisent pas réellement pour changer leur vie.

Etienne de la Boétie a dit:

Citation-Etienne de la Boétie

Nous avons tous besoin de dégager un revenu minimum qui nous permette de faire vivre décemment notre famille et nous même. La grande majorité des personnes ne sont pas des auto-entrepreneurs, mais des salariés. Ce qui implique de travailler pour une entreprise en suivant les règles de celle-ci.

Cependant « suivre les règles », ne signifie pas soumettre son identité, son indépendance d’esprit, toute son énergie, son humanité et sa liberté, dans le seul but d’assouvir l’appétit insatiable d’actionnaires éternellement insatisfaits de leur rente sans effort.

Que faire… comment changer ma situation… ?

S’adapter ou refuser

J’ai très clairement pris conscience que mon métier était sinistré. Même en changeant encore d’employeur, ça sera pareil ailleurs. Car la façon de travailler est désormais la même un peu partout. C’est l’état d’esprit général de notre société(civilisation) qui a profondemment changé.

S’adapter, rentrer dans les rangs: c’est retarder l’échéance et mourir à petit feu.
Je suis un électron libre.
Je ne veux pas me faire avaler ni devenir un agent Smith.
J’en croise de plus en plus partout… ça devient flippant !

Agent-Smith-Matrix

Il ne me reste comme seule solution: refuser cette régression évolution forcée.

Alors contre toute attente, j’ai choisi de décélérer dans mon poste actuel.
En attendant de changer de métier. J’espère arriver à me reconvertir dans un tout autre domaine. Forcément qui me plaise.

Il me faut désormais choisir ce que je veux réellement faire. C’est le plus difficile!
Car trouver un emploi éthique, humain, libre, où l’on prend le temps de faire les choses bien… C’est plus compliqué qu’il n’en parait.

Mon programme de décélération au bureau

  • Tout d’abord, j’ai choisi de fortement délimiter mon périmètre.
    Je refuse systématique de prendre tout travail qui n’est pas directement de mon ressort. Plus de petits arrangements. Fini de reprendre le travail mal fait des autres, même si tout le monde est stressé, car la date buttoir arrive.
    De toute façon, il n’y a aucune réciprocité. C’est toujours à sens unique.
  • Je travaille à mon rythme, en prenant le temps de faire les choses bien.
  • Je suis hermétique à toute pression et fausse urgence.
    NO PROBLEM NO STRESS est ma devise.
  • J’exprime mon désaccord quand je le suis.
    Les managers ont horreur de ça. Car ils ne veulent surtout pas faire de vague.
    On met tout sous le tapis, et c’est un autre plus tard qui récupérera les problèmes. Pour ma part je pense que les désaccords sont constructifs, car ils permettent de cibler les problèmes et tout faire pour les résoudre.
  • La pause s’impose. Prendre le temps de souffler. Prendre un café. Sortir des locaux pour prendre l’air (sans être dans l’abus bien sûr).
  • Sortir pendant la pause déjeuner tous les midi. Se promener dans un parc quand il fait beau. Lire un peu. Manger une petite salade ou un bento. Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, c’est meilleur pour la santé et bouger réduit les risques d’AVC.
  • Aucune heure supplémentaire, si elles ne sont pas rémunérées. Il ne faut surtout pas les habituer à ça. La personne qui en fait, se met en avant face aux autres collègues qui eux n’en font pas. Il crée une concurrence néfaste, déloyale et fait passer ses autres collègues pour des bidons. En résultera une mauvaise ambiance, une très mauvaise dynamique. Les managers ne comptabilisent pas les heures supplémentaires; du coup au prochain projet, ils justifieront des délais encore plus court. C’est un engrenage sans fin.
  • En tant que minimaliste, je le suis aussi au travail. Mon bureau, ma desserte, même mon ordinateur sont vides de toute chose personnelle. Ainsi, pas d’attache dans ce lieu qui n’est pas le mien. J’ai même adapté au travail, la fameuse règle des 5 secondes du basket. La journée finie, je me donne 5 secondes pour quitter mon poste et me diriger vers la sortie. Top chrono :-]

Mes Pertes

Il y a forcément des conséquences à mes actes.
C’est le prix à payer pour « un peu » plus de liberté:

  1. Je peux dire adieu à toute augmentation ou prime annuelle.
    De toute façon, ce n’est pas une grande perte. Les bénéfices de mes actes dépassent largement le petit pourcentage que la direction voudrait bien m’octroyer pour service rendu(et non pas travail accompli).
  2. Conflits en perspective à gérer au mieux avec le N+1 / N+2.
    Ils ne pensent qu’individuel et non collectif. Du coup, ma démarche ne va pas dans leur sens. Ils sont entièrement soumis au système. Il ne se mettront jamais en avant pour défendre quoi que ce soit ou qui que ce soit, s’ils n’en tirent pas d’intérêts.
  3. Les collègues les plus zélés me fuient comme la peste. Ils ont une peur sociale de perdre tout ce qu’ils ont acquis comme biens matériels. Pour eux, je ne suis pas le modèle à suivre. Je suis dans le LESS IS MORE. Eux dans le MORE IS BETTER.

Mes Gains

  1. Je n’attends rien de mon travail actuel. Dû coup je ne me fais pas de fausses illusions sur des perspectives futures.
    Ce qui me rend plus libre.
  2. J’arrive à heure fixe et je pars à heure fixe. Tout en respectant la plage horaire. Cela me permet de bien m’organiser et prendre le temps le matin avant d’arriver.
    Et être plus disponible pour ma famille, dès la fin d’après-midi.
  3. Je ne suis plus du tout stressé.
  4. Je relativise quand je vois d’autres autour de moi qui sont sous pression, déprimés, avec des problèmes. Parce qu’ils ont fait le choix d’adhérer à ce qu’ils ne devraient pas.
  5. Je prends le temps de me reposer le corps et l’esprit dès que j’en ressens le besoin.
  6. Les individus se sont dévoilés. Ce qui m’a permis de faire un tri.

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